|
"Aux simples tout est simple", parole de compliqué. Et
aux compliqués tout est fort complexe, parole de
jardinier. La complexité serait en somme ce que les
compliqués perçoivent le plus naturellement du
monde. Or de là à dire que la complexité est
la simplicité des compliqués il n'y a qu'un pas que
je franchis fort simplement; comme on dit, c'est en marchant que
l'on va avançant.
Un pas de plus, miracle de la logique et
de la marche à pied: la simplicité devient la
complexité des simples. Avons-nous avancé !
Oui, "Aux simples tout est simple", tout, même le
compliqué; alors qu'aux compliqués, nous le
disions, rien n'est simple, si ce n'est la complexité.
Sans doute faut-il voir là l'origine de la
célèbre interrogation: "Pourquoi faire simple quand
on peut faire compliqué?". A quoi nous pouvons à
présent répondre qu'il n'est pas si facile de faire
simple quand on est compliqué; que bien au contraire plus
c'est compliqué, plus c'est simple, l'inverse étant
bien sûr tout aussi vrai, sinon, en vertu du même
principe, ce serait trop simple, donc trop compliqué;
l'inverse, disais-je, comme toute grande vérité, se
vérifiant par sa propre évidence: "Moins c'est
compliqué, moins c'est simple", le principe initial s'en
trouvant vaguement ébranlé ϛ car si la
simplicité est si complexe, la complexité s'en
trouve bien simplifiée et soudain revêt aux yeux
étonnés de certain jardinier le reflet vert de
quelques gros billets.
Hélas! Si la base de notre raisonnement est ainsi
sapée par ses propres implications, que dire de celles-ci,
nées de prémisses erronées? Comme quoi rien
n'est simple, moins que tout, la simplicité. |