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Poursuivant ses 'aveux généalogiques' Michel
Onfray retient de P. Bourdieu l'analyse de 'l'intellectuel
collectif qui suppose des actions communes' 'pour faire face
à la pratique onaniste d'intellectuels soucieux de
performances individuelles' et de se remplir les poches, alors
que Michel Onfray préfère lui les 'associations
d'égoïstes' de Max Stirner, autre philosophe,
libertaire, à qui il emprunte, comme aux autres, 'quelques
notions utiles pour définir l'identité de cette
Université Populaire'.
'Il s'agit de passer des contrats ponctuels pour travailler
ensemble, puis agir, afin de produire des effets concrets sur le
terrain politique et social du moment'. 'Il faut envisager le
travail en commun comme autant d'occasions de formuler ... de
nouvelles possibilités d'existence (Nietzsche, Deleuze). Y
travailler, y réfléchir, discuter des formes
alternatives qui apparaissent ...'. Tout un programme; et qui me
semble peu susceptible de s'accommoder de 'contrats ponctuels';
depuis
le temps aussi que l'on nous vante la production 'd'effets
concrets' je ne sache guère que la situation ait beaucoup
évolué, si ce n'est vers le pire, mais peu importe;
voyons plutôt comment Michel Onfray formule ses propres
'formes alternatives', ses possibilités nouvelles: Il
existe, d'après lui, 'une réelle demande
philosophique à laquelle il s'agit de proposer une offre
digne de ce nom'.
Une offre de philosophie qui tient un langage aussi
économiste est-elle 'digne de ce nom'? Si vous croyez que
oui essayez de parler poésie à un banquier et
faites la comparaison. Donc, à mon sens, non. Et quand
j'apprends un peu plus loin que, non contente de ne
délivrer aucun diplôme, cette 'offre philosophique'
ne propose en fait de 'propositions concrètes' [je croyais
que le travail du philosophe concernait plutôt les
propositions abstraites; mais comme philosophe ne suis, en juger
ne puis, ou du moins ne devrais ... ou peut-être que si],
de 'théories praticables pour notre époque',
n'assigne d'autre intention à cette offre, d'autre
objectif, auquel 's'attelle' l'université Populaire que la
tâche désopilante 'd'accomplir Mai 68 sur le terrain
des idées'; Mai 68 qui d'après Michel Onfray 'passe
pour la racine de tous nos maux'. Je me demande bien
auprès de qui ... les esquimaux ?
Si telle est sa conception de la philosophie 'utilisable
pratiquement dans le champ social et politique de son temps'
(d'après F. Châtelet, cité par Michel
Onfray), il a parfaitement le droit de la revendiquer mais si
c'est ce qu'il appelle ne "plus bricoler dans l'incurable" c'est
qu'il a décidé peut-être d'en faire
profession. Cela ne serait guère surprenant; n'admet-il
pas encore que la philosophie qu'on lui inculqua était
avec raison présentée par F.Châtelet comme
'une matière dévitalisée par l'artifice
d'une liste d'auteurs et de notions officielles d'un programme'!
Si je n'avais pas écouté quelques unes de ses
émissions et devais juger de l'hédonisme
d'après celui que Michel Onfray met en oeuvre dans ce
texte, je serais fondé à croire que c'est une
philosophie de l'auto-flagellation.
Puis-je juger par contre de la notion 'd'intellectuel
collectif' d'après ce qu'il en dit ? Probablement pas mais
je m'y aventurerai néanmoins sans la moindre
révérence pour les analyses de qui que ce soit [la
philosophie comme transgression ?] et particulièrement pas
celles qui ont permis à Michel Onfray de faire si
brillamment la preuve des performances de cet intellectuel
collectif quand il se manifeste tel qu'en lui-même,
individuellement. Mais, comme d'habitude, j'exagère; ce
n'est pas sur les quelques phrases de Michel Onfray que je me
base pour flatter mes propres préjugés. Je
n'avancerai même pas comme excuse à mon rapide
décret d'avoir ouvert l'ouvrage qu'il cite, l'ayant
presque aussitôt refermé, précoce victime du
niveau philosophique où je me trouve, à une
altitude indéterminée, l'étalon en la
matière restant à trouver et sa quête
à justifier!
Rien de tout cela, mais ayant participé à nombre
d'actions communes n'ayant pas eu le moindre effet mesurable sur
quelque terrain si ce n'est celui, incommensurable, de
l'entropie, de la perte du temps et de l'énergie qui
fuient à toutes jambes des séminaires et forums,
des assemblées et des salons, des cafés où
l'on cause et des bistrots où l'on s'abreuve de
vénérables potions, 'l'intellectuel collectif' a
pris pour moi la figure imprécise de collectifs
d'intellectuels entraînés à confondre la
torpeur que déchaîne leur diction avec le calme qui
précède les révolutions.
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